Déjeuner sur l’herbe.

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pour l’agenda ironique de JUIN c’est ici

Fernando a des papillons dans le ventre. Dans sa vie amoureuse rugueuse, brinquebalante, faite d’embardées fréquentes, de joies éphémères, où tragédies et cocasseries s’entremêlent, enfin un rayon de soleil s’immisce. Les relations amphigouriques semblent révolues. Mademoiselle Alphonsine a accepté son invitation pour un pique-nique sous le gros arbre derrière la grange de Mathurin. En ce dimanche de juin, aux allures radieuses, où les papillons et les grillons s’en allaient à l’aventure pour des accords polissons. Il a prévu pour la belle aux cheveux flavescents un panier raffiné et de la vaisselle élégante pour déclarer sa flamme à la séduisante crémière. Point d’assiettes en carton, de lard ou de saucisson, ni de gourde de vin à boire à la régalade. Non ! Chez les Giordano di Ceccano on sait recevoir, même assis par terre. Toutefois, pour être plus à l’aise quelques coussins permettaient de s’adosser au tronc de l’arbre. Il avait préparé un petit bouquet de fleurs également. L’ambiance était romantique. Sur la nappe de vichy carrelée, il a disposé la salade de tomates charnues au basilic ornée de rondelles d’oignons rouges, la tarte encore tiède aux épinards et mozzarella di bufflonne sur laquelle sont dispersées quelques olives vertes. Elle sera accompagnée de quelques pousses de roquette amères assaisonnées au balsamique blanc. Un peu de fromage de chèvre et un pain croustillant aux noix. Les abricots et les amandes seront pour le dessert. Ou si elle préfère, de la confiture de cerises aux écorces d’orange attend d’être étalée sur d’onctueuses tartines de pain de campagne. Bien sûr le café était au chaud dans la thermos et le chocolat aux pépites de noisettes était au frais par cette chaleur. La clé de voûte de son déjeuner sur l’herbe, étant sa bouteille de Limoncello qu’il avait lui-même préparé selon la traditionnelle recette de son oncle de Sorrente. Il a prévu la glacière pour le maintenir frais. Alphonsine en raffole selon Honorine, sa cousine, à qui Fernando a fait appel en tant que sycophante pour mettre toutes les chances de son côté. Bien sûr il n’avait pas oublié sa guitare et comptait bien pousser la sérénade. Il rêve de butiner de-ci de-là, délicatement du bout des lèvres, la belle allongée sur l’onctueux de la prairie, tout en regardant le bleu du ciel. Il est brutalement sorti de sa rêverie par un duel de mouches autour de sa tarte. Il a oublié la cloche de protection des insectes d’été. Il essaie de les chasser, quand il aperçoit une escouade de fourmis rouges lui dérober la confiture de cerises.  Dans sa précipitation à faire fuir ces intruses non invitées aux ripailles, étant en équilibre sur les genoux, il s’affale et se brisèrent les deux flûtes pour le limoncello. Les éclats de verre vinrent souiller les rondelles de tomates. Fernando, est dépité. Ces « bzélites » et ces chapardeuses à chitine ont ruiné sa mise en place et son affaire de séduction. Pour parfaire le tout, dans ce combat il s’est frotté à l’herbe où quelques chenilles processionnaires aux poils urticants profitaient aussi de l’été. Il se grattait les bras. De plus il avait sans doute dérangeait un punaise qui avait largué son odeur nidoreuse pour éloigner le prédateur. C’est à ce moment qu’arriva Alphonsine tout sourire et compatissante, un chapeau de paille en couvre-chef, lui dessinant de jolies ombres sur le visage. Elle a été témoin de l’agitation. Devant l’air dépité de celui pour lequel son cœur bat la chamade en silence, elle s’approcha et en guise d’apéritif lui offrit ses lèvres veloutées. Une légère brise bruissa dans le feuillage faisant entendre la douce mélodie d’un amour naissant. Fernando se dit soudain, qu’une étreinte rustique avec jupe retroussée pourrait bien se présenter.  Finalement les enquiquineuses ont apporté la mise en bouche du plat principal : l’amour.

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Mijo-Nouméa
  • Mijo-Nouméa

9 Comments

  • %on Dieu, cela a été chaud et l’ami Fernando a frôlé la correctionnelle. Heureusement pour lui : tout est bien qui finit bien. Gageons que pendant qu’il s’occupe avec Alphonsine, les fourmis, les mouches et les chenilles profitent des restes du repas.

  • Ah, l’amour !

  • On a eu des inquiétudes inutiles ! tout va bien 😀

    • Quel texte adorable, merci de cet épisode tendre à souhait (néanmoins, je me demande si Fernando n’avait pas tout prévu pour attraper sa belle dans des filets durables : quoi de plus classique en effet que des fourmis rouges en été, du coup, pas de limocello, deux coups, l’assurance d’étreintes vigoureuses voir renouvelées, des chenilles pour se faire plaindre et dorloter…)
      🙂

      • Va donc savoir? Néanmoins sa grande timidité, sa crainte de perdre la face lui ont peut-être suggéré d’agir avec stratégie afin de tout anticiper. Mais la séduction n’est -elle pas une affaire de stratégie, un peu comme un jeu d’échec mais amoureux?

  • Très romantique ce pique-nique malgré les enquiquineuses. Comme quoi les choses ne sont pas toujours telles qu’on les imagine mais le principal est que tout finisse bien!

    • Oui Bernadette, effectivement, l’essentiel étant que l’amour triomphe!

  • Pauvre Fernando ! Les pique-niques, c’est pas son truc. Satanées bestioles !Heureusement il y a Alphonsine. Ambiance bucolique garantie ! Bravo

    • Merci Nadiège de ton passage. Faire ces jeux d’écriture de blog en blog est un bon entraînement pour des écrits plus longs. Nous sommes en effervescence permanente avec des idées qui arrivent plus facilement dans l’encre du stylo. J’ai commencé mon roman. C’est parti! Il me faut au moins 250 pages donc il m’en faut des péripéties et une intrigue qui tienne la route.

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