L’écharpe rose.

La romancière de polar sur le déclin du box office des ventes, Violeta De Poreti avait été retrouvée morte, par sa gouvernante. Le cadavre gisait dans son bain, un sèche-cheveux au fond de l’eau apparaissait comme l’arme du crime. Le légiste estimait l’heure du décès entre 20h15 et 21h00. L’autopsie confirmerait les causes de la mort par électrocution.

Les premiers enquêteurs avaient repéré dans l’agenda de la victime une carte de visite de la commissaire Chloé Briscau..

Celle-ci, réveillée un jour de congé, était de mauvaise humeur sans avoir eu le le temps de prendre son latte machiato. Elle conduisait sirène hurlante vers le quartier chic d’Illkirch,  tout en se rappelant cette femme à la silhouette à faire fondre les glaçons d’un mojito et un décolleté proportionnel à son avidité financière, venue  la semaine passée, déposer une plainte, concernant des appels anonymes nocturnes la menaçant de mort, si elle parlait. Aucune possibilité de tracer les appels, émanant tous d’un  portable prépayé. Violeta soupçonnait cependant son alter ego dans le domaine du polar, Gloria CORNWELL. Violeta avait découvert grâce à son informateur, un haker, que cette arrogante de Gloria avait basé son succès sur le vol d’une histoire écrite par un ancien détenu, qu’elle avait subtilisée à un intervenant d’atelier d’écriture en milieu carcéral, peu scrupuleux. Une rapide investigation prouva que l’intervenant et le détenu s’étaient entretués un an plus tôt.

Le lieutenant HARRY partenaire de Chloé, bodybuildé, aussi rapide que Lucky Luke pour dégainer et fort comme Teddy RINER pour mettre au tapis les récalcitrants, était déjà  sur place et  lui avait dit au téléphone, qu’il pourrait s’agir d’un règlement de compte. L’article peu élogieux sur Gloria Cornwell trouvait dans l’historique de l’ordi de la morte, et envoyé hier soir à 20h30 constituait un mobile. Il avait précisé que l’assistante de Violet, Lou Weiss, attendait d’être interrogée dans le salon, qui cocotait des effluves d’un encens envoûtant.

Justement c’était  Lou, qu’auditionnait Chloé dans le salon de l’écrivaine :

  • Saviez-vous sur quoi écrivait Mme DE PORETI ?
  • Oui, elle changeait de registre. Elle avait accepté l’offre du magazine   « On ne nous dit pas tout ». Le principe était simple. Elle rédigeait une chronique dévoilant des indiscrétions sur des personnalités connues, glanées dans les nombreuses réceptions.
  • Saviez-vous qui était sur la sellette pour son prochain papier ?
  • Non, elle m’a dit que la surprise n’en serait que plus grande pour moi.
  •  Vous n’aviez pas une petite idée ?
  • NON !
  • Lui connaissiez-vous des ennemis ?
  • Tous ceux qu’elle a déjà épinglés.
  • Avait-elle reçu des menaces ?
  • Pas à ma connaissance.
  • Où étiez-vous hier entre 19h00 et 22h00 ?
  • Chez moi en compagnie du photographe Jason BERG !
  • Nous vérifierons tout cela.

Dans l’après –midi, le binôme de policiers alla interroger le photographe. Dès son arrivée au studio de Jason, petit, le cheveu gras, ressemblant à un gars qui a laissé son cerveau au clou et qui a perdu le récépissé, la commissaire entra dans le vif du sujet:

  • Bonjour Monsieur Berg, Commissaire Briscau, brigade criminelle. Pourriez- vous me raconter votre dîner chez Lou Weiss. A quelle heure êtes vous arrivé ?
  • Lou, m’avait convié pour 19h00. J’ai fait un selfie en arrivant, regardez. Il tendit son smartphone à Chloé, dont le regard fut attiré par un détail.
  • Intéressant. Vous serait-il possible de me faire une copie de ce cliché. Mais j’y pense qu’avez-vous mangé ?
  • Des plats chinois, que j’étais allé chercher chez « Fleur de lotus ».
  • Soit à environ 10km de chez Lou Weiss.
  • Oui.
  • Y êtes-vous allé seul et par quel moyen ?
  • Oui, Lou, m’a attendu à son appartement. J’y suis allé à vélo.
  • Diriez-vous que cela laisse environ 30 mn de trajet aller et retour et 10mn pour récupérer la commande. Donc un laps de temps de 40mn, où ni l’un ni l’autre n’auriez d’alibi ?
  • Je n’ai pas tué DE PORETI, si c’est ce que vous insinuez !
  • Je mène l’enquête. Rien de plus. Au fait, comment avez-vous connu Lou Weiss ?

Embarrassé, l’artiste rougit et baissa la tête. Chloé insista.

  • A une époque de ma vie, j’étais obèse, j’ai suivi un protocole d’amaigrissement lié au sport « Le grand perdant ». Lou était parmi les curistes. Impatiente, elle a subi une sleeve.
  • Qui était au courant de cette opération selon vous ?
  • Je ne sais pas.
  • Merci pour votre coopération.

De retour au commissariat, les enquêteurs apprirent que Gloria Cornwell pouvait être radiée des suspects. A l’heure du crime, elle était à un club de lectures des  « Détectives Audacieux » en Allemagne. Pour redorer son blason, elle en était réduite à ce genre de manifestation pour séduire un nouveau lectorat.

  •  Nous n’avons pas le moindre biscuit ! Soupira Harry.
  • Je crois que Lou nous cache quelque chose. Ya rien qui te choque sur la photo de son alibi ?

Harry, scruta, prit une loupe quand soudain –putain, comment je n’ai pas percuté ?-

  •  Va donc me la cueillir, demain matin à l’heure légale.

8H30, près de 90mn que Lou patiente dans la salle d’interrogatoire quand arrive la commissaire.

  • Bonjour, mademoiselle. Reconnaissez-vous cette écharpe ? demanda Chloé, lui présentant la pièce à conviction trouvée dans la salle de bains de la victime.
  • Oui c’est l’écharpe de ma patronne.
  • Se pourrait-il que vous en ayez une similaire ?
  • Non ! Je ne porte pas de rose.
  • Vraiment ? Ne ressemble-t-elle pas à celle que vous portiez sur le selfie fait par Jason Berg, lors de votre dîner ?

Chloé lui montra la photo, où l’écharpe était à son cou. Lou pâlie, puis s’effondra.

  • Pourquoi l’avez-vous tuée? Rétorqua Chloé.
  • Cette garce m’humiliait, comme ma mère avant elle. Je l’avais prévenue au téléphone, plusieurs fois. Elle m’a ri au nez, m’annonçant qu’elle dévoilerait mon obésité, j’ai vu rouge. Profitant de l’absence de Jason, j’ai filé chez elle. Ayant ses clés,je suis entrée. Je l’ai trouvée alanguie dans sa baignoire. J’ai pris son sèche-cheveux et l’ai jeté dans l’eau de son bain. Haïssant ma mère, j’ai décidé de lui faire porter le chapeau. J’ai rédigé sur l’ordi de Violeta une chronique révélant le plagia qui lui avait ouvert la gloire. Mon amant, animateur en prison me l’avait dit. Mais, j’ai oublié mon écharpe rose.
Mijo-Nouméa
  • Mijo-Nouméa

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