Les mots couchés.

Temps de lecture : 2 minutes

Cette semaine chez Chroniques Atmosphériques, il s’agit de continuer cette accroche  » “J’étais pigiste dans un journal raté qui nourrissait la cervelle de…”

J’étais pigiste dans un journal raté qui nourrissait la cervelle de lecteurs avides de faits divers majuscules dans l’horreur ou la duperie sentimentale de people.

Mais ce matin, je voulais relire mon article sur lequel j’avais peiné la nuit dernière jusqu’à très tôt ce matin, et mes notes encore toutes habillées des mots inspirés de mon excitation nocturne, dormaient encore à jambage et hampes fermées. Couchés là en vrac, sur mon cahier de brouillon, serrés comme des sardines. Un galant m’avait sorti un matin d’une nuit torride, que pour vivre heureux, il fallait vivre couché. Je n’avais pas l’intention de laisser ma prose faire une grasse matinée, alors que les idées fusaient, les phrases se bousculaient, piaffaient d’impatience comme des chevaux sur la ligne de départ, prêts à galoper sur les lignes de ma feuille.

 Même si voyelles et consonnes se mélangeaient pour un oui ou un non, d’autres se tenaient à carreau de crainte que je ne les efface au profit d’autres, inscrits en marge. Tous, frétillaient voulant raconter sur la partition de mon histoire, l’irruption héroïque d’une journaliste n’écoutant que son bon sens, puisant le courage dans ses ovaires de diplodocus, pour devenir la voix des sans voix, d’un peuple sous le joug d’un faux cul nombriliste. Il était temps de secouer le branle-bas de combat de ces vocables impertinents ou audacieux. Je me devais de reprendre mon article et d’éliminer les mots qui sautaient des lignes sans aucune pudeur, ceux qui bavaient après s’être faits des lignes aux yeux de tous. Exit les gros mots calligraphiés en bout de ligne, lorsque la page blanche me narguait, ne sachant comment argumenter l’audace du message de cette femme dont le nom sera sans doute aussi connu (malgré une prononciation pas piquée des hannetons) que celui des femmes politiques les plus influentes de l’histoire. Je le devais à cette conquérante au grand cœur, de soigner mon article non pas pour la feuille de chou du bourg où je vis, ni un de ces torchons d’histoires sales. Non, je me devais de rédiger un article ficelé avec une bonne correction. Plus que deux heures avant le bouclage autant dire que je devais mettre la gomme, si je ne voulais pas que mon papier se plie en quatre de rire. Je me voyais déjà en haut de l’affiche, auréolé du prix Pulitzer, et je me devais de faire tenir mes mots couchés à la verticale en cas !

Please follow and like us:

10 Comments

  • Quelle virtuosité ! J’aime beaucoup les exercices où on donne le départ, il s’agit ensuite de tirer sur le fil tendu, intelligement, brillament, ce que tu as parfaitement réussi ici. Merci pour cette pépite
    Nadiège

    • Coucou Nadiège, merci de ton passage. J’aime aussi les accroches de départ, cela motive, un starter donne une impulsion différente sous différentes formes selon les uns et les autres. L’imagination a besoin d’être sollicitée, travaillée au quotidien pour en tirer la substantifique moelle:)

  • Une energie folle et un esprit de défi que j’adore dans ce texte plein de dynamisme !

    • Merci de cet enthousiasme 🙂

  • Ah comme tu joues merveilleusement avec les mots ! Encore une fois, les participations ont été variées sur cet exercice, un vrai plaisir ! Belle et douce fin de journée !

    • Merci Sandra de ton passage 🙂

  • Je suis fan ! Il y a des Jeux de mots savoureux et un bel enthousiasme !
    Bravo Mijo

    • Merci Marie, c’est sympa d’être venue me lire. Cela m’encourage à poursuivre:)

  • Bravo à toi Mijo
    Encore de belles expressions qui me font beaucoup rire, tu aimes jongler avec les mots et je ne peux que te comprendre.

    • Hello Phil, jouer, jongler avec les mots est une passion, d’où le titre de ce blog. Je me sens vraiment une funambule sur le fil de l’écriture. Ma plume étant le balancier.

One Pingback

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

error: Content is protected !!